www.nuitdorient.com

accueil -- nous écrire -- liens -- s'inscrire -- site

 

SOYEZ PRÊT POUR UN ÉTAT H'AMAS

 

Article écrit par Ouri Dan, journaliste proche d'Ariel Sharon

Paru dans le Jerusalem Post du 30/05/05

Traduit par Albert Soued, www.chez.com/soued

 

La bande de Gaza est en train de devenir l'Etat du H'amas, sans aucun doute. L'ex-chef du Shin Bet (Agence de Sécurité d'Israël), Avi Dichter, a publiquement prévenu encore une fois cette semaine que le Hamas était en train de former une armée de milliers d'hommes, selon le modèle du H'ezbollah au Liban.

Il y a pourtant une différence entre les 2 organisations. Le H'ezbollah est seulement l'une des nombreuses milices armées au Liban, et ce pays a un gouvernement et une armée qui n'osent pas les démanteler. À Gaza, le H'amas amasse hommes et armes pour prendre le contrôle d'un état palestinien à sa naissance.

Certains politiciens et experts naïfs à Jérusalem et à Washington se consolent à l'idée qu'en participant aux élections, le H'amas se transformera en parti politique, comme le H'ezbollah est considéré au Liban comme une formation politique. Mais ce genre de choses n'existent pas dans un régime de démocratie. Est-ce que des partis politiques en Israël, aux Etats-Unis ou en France ont des armées privées? Bien sûr que non! Le H'ezbollah et le H'amas ont d'énormes quantités d'armes grâce auxquelles ils peuvent imposer un régime de terreur. Il est évident que le président George W Bush savait cela lorsqu'il a engagé sa campagne pour "démocratiser" les régimes arabes corrompus, y compris ceux du Liban, de Syrie et d'Arabie Saoudite.

Les agences américaines et israéliennes du renseignement sont conscientes de l'avertissement donné par Avi Dichter et par l'ex-chef d'état-major Moshe Yaalon quant aux grandes quantités d'armes qui passent en contrebande de l'Egypte vers la bande de Gaza. En 2004 seulement, on a compté 10 000 fusils automatiques et 1000 missiles antichars.

L'importance de la contrebande a atteint un nouveau sommet depuis que Tsahal hésite à procéder à des incursions à Gaza. Et les Palestiniens creusent de nouveaux tunnels aussi bien pour passer des armes que pour transférer des hommes pour des attentats contre les bases de l'armée et contre les implantations qu'on doit évacuer.

 

Les 20 000 policiers armés du premier ministre Mahmoud Abbas n'essayent même pas de s'opposer au H'amas et au Jihad Islamique. Est-ce que l'envoyé spécial de G W Bush, le général Ward a demandé à Abou Mazen de lui donner une carte détaillée des tunnels creusés pour la contrebande d'armes du Sinaï vers la bande de Gaza? Certainement pas.

Le général Ward a rapporté soigneusement à Washington que des progrès étaient accomplis dans la réforme des services de sécurité palestiniens (1). Le représentant de G W Bush chargé de la réhabilitation économique de la bande de Gaza, James Wolfensohn se berce autant d'illusions que Shimon Peres, en ce qui concerne l'évolution possible de cette zone.

Ainsi tout le monde joue au jeu du "faire croire". G W Bush a parlé des chances de succès des négociations de paix avec Abou Mazen à Washington, car il espère que la "feuille de route" une fois initiée pourra enfin stopper le H'amas (2).

Le président égyptien Moubarak parle de paix, mais il ne lève pas le petit doigt pour arrêter la contrebande d'armes, car il est le vrai patron du H'amas, comme l'Iran est le patron du H'ezbollah. Moubarak utilise le H'amas comme moyen de pression sur Israël, afin d'obtenir la révision de l'accord de paix et l'annulation de la démilitarisation du Sinaï, afin de lui permettre de déployer des milliers de soldats égyptiens le long de la frontière avec l'état d'Israël.

Qu'en est-il d'Abou Mazen? "La différence entre lui et Arafat, c'est qu'Arafat soutenait la terreur alors qu'Abou Mazen ne lève pas le doigt pour l'empêcher" dit le ministre des finances Benjamin Natanyahou. Conscient de cette situation dangereuse, le premier ministre Ariel Sharon a précisé devant l'auditoire de la conférence de l'AIPAC à Wahington "Jusqu'ici les activités terroristes n'ont pas cessé. La contrebande d'armes et la fabrication de matériel de guerre se poursuivent, et aucune action réelle n'est menée pour y mettre un terme". Dans les conditions politiques actuelles, Sharon réalise apparemment qu'il n'y a rien d'autre à faire que de jouer au "faire croire" au processus de paix. La différence essentielle entre Sharon et ses prédécesseurs (Rabin, Peres, Barak), c'est que lui est conscient qu'Israël doit être prêt, le doigt sur la gâchette, lorsque l'arsenal du H'amas à Gaza  explosera!

 

Notes de la traduction

(1)   le général Ward est aujourd'hui chargé de la coordination entre l'Autorité Palestinienne et Israël en ce qui concerne le désengagement de Gaza. Ainsi sa fonction a évolué vers le rôle d'arbitre, ce qui est un signe d'une évolution de la politique américaine dans le conflit israélo-arabe, ou plutôt un retour aux errements d'antan qui ne fera que retarder toute solution pacifique de ce conflit.

(2)   G W Bush a gratifié Abou Mazen de 50 millions $, pour l'encourager à poursuivre son action. Or cet homme n'a démantelé aucune organisation terroriste sur son territoire, comme cela est stipulé dans la première phase de la "feuille de route". Manifestement Washington est embarrassé mais ferme les yeux sur cette phase cruciale pour Israël, qu'Abou Mazen n'a pas l'intention d'exécuter.

 

© www.nuitdorient.com par le groupe boaz,copyright autorisé sous réserve de mention du site