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POURQUOI MUMBAI ?
A travers le massacre de Mumbai, Al Qaida
cherche avant tout à s'imposer comme le nouveau
califat - le nouvel état-major du monde musulman
Par Michel Gurfinkiel
http://www.michelgurfinkiel.com/articles/201-Terrorisme-Pourquoi-Mumbai.html
Le 05/12/08
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Commandos suicide, opérations multiples et simultanées,
cibles hautement symboliques, bain de sang : l'assaut terroriste que vient de
subir Mumbai, alias Bombay, la capitale économique de l'Inde, porte bien la
marque d'Al Qaida. C'est aussi, de toutes les attaques menées par
l'organisation islamiste, celle qui se rapproche le plus, en termes politiques,
du 11 septembre 2001.
Voici sept ans, en frappant New York et Washington, Al Qaida défiait le
président républicain George W. Bush, tout juste installé à la Maison Blanche.
Aujourd'hui, elle jette le gant, au-delà de l'Inde, à un autre président
américain, le démocrate Barack Obama, à peine élu par la nation.
La personnalité ou l'affiliation politique du président des Etats-Unis compte
peu, en l'occurrence. Les islamistes visent les Etats-Unis en tant que
principale puissance non-musulmane. Dans leur logique, en effet, l'islam
constitue un « camp », le reste du monde un autre. Et le premier doit
livrer au second une guerre sans merci, jusqu'à ce que celui-ci accepte de se «
soumettre dans l'humiliation » (Coran, IX, 29), ou soit massacré (Coran,
IX, 5). Le calife – le chef légitime des musulmans – est celui qui prend au
sérieux cette injonction, la met en application et attaque le plus puissant des
non-musulmans. Ou pour être encore plus clair : le chef musulman qui s'attaque
de la manière la plus audacieuse, la plus efficace, la plus impitoyable, la
plus barbare, aux plus puissants des non-musulmans peut revendiquer une
autorité politique absolue sur l'ensemble des musulmans. C'était le sens
profond de la « Révolution islamique » iranienne de 1979, par laquelle
l'imam Khomeini entendait non seulement prendre le pouvoir dans son pays mais
aussi donner aux chiites, après près de quinze siècles de concurrence avec les
chiites, le primat jihadique dans l'ensemble du monde musulman. C'est le sens
du néo-jihadisme d'Al Qaida, à travers lequel les sunnites extrémistes
(wahhabites, salafistes) ont cherché à se ressaisir de ce primat.
La mouvance Al Qaida avait commencé ses opérations contre les Etats-Unis dans
les années 1990, sous l'administration démocrate Bill Clinton : notamment en
perpétrant un premier attentat sur le site du World Trade Center dès 1993.
Bush, en 2001, présentait le tort supplémentaire, à ses yeux, d'être un
Occidental convaincu de la valeur de sa civilisation, un chrétien sincère, et
un ami du peuple juif et d'Israël : d'où le 11 septembre 2001. Obama,
aujourd'hui, présente deux torts supplémentaires au moins : celui d'être un
apostat, puis qu'il a abandonné l'islam, religion de son père kenyan puis de
son beau-père indonésien, pour le christianisme de sa famille maternelle. Et
celui d'avoir dit, pendant la campagne électorale, que l'Afghanistan et le
Pakistan constituaient des front plus importants que l'Irak dans la guerre
contre le terrorisme.
Mumbai a été conçu comme un piège où, selon la logique islamiste, le président
élu américain ne peut que tomber : soit qu'il se refuse à réagir sur le
terrain, en rappelant que les opérations terroristes se sont déroulées en Inde
et sont du ressort de ce pays souverain, ce qui sera immédiatement présenté
comme un aveu de faiblesse ; soit qu'il réagisse, notamment en renforçant la
présence militaire américaine dans la région, ce qui le « démasquera » ,
notamment chez les musulmans « libéraux » et dans le Tiers-Monde, comme
le continuateur du « croisé » Bush…
Si l'Amérique reste, dans la stratégie globale d'Al Qaida et dans ses diverses
opérations, l'ennemi principal, l'Inde est un ennemi presque aussi important,
un « petit Satan ». Ce pays avait été conquis et dominé par des
musulmans entre le Xe et le XVIe siècle. Il est donc, pour les islamistes, «
terre d'islam » à jamais. Mais la démocratie y a rendu le pouvoir, au XXe
siècle, à une majorité hindoue : une « révolte » intolérable. Les
musulmans ont réagi en exigeant la création d'un Etat séparé, le Pakistan ou «
Pays des Purs ». Dont la véritable vocation, à peine cachée, est de
reconquérir un jour l'ensemble du sous-continent. Depuis la dictature de
Mohamed Zia ul-Haq (1977-1988), les services secrets pakistanais (ISI) sont
passés sous le contrôle des islamistes et se comportent en puissance
souveraine, qui ne tient pratiquement pas compte de la politique officielle,
relativement pro-occidentale, de leur pays. Ils ont téléguidé le mouvement
taliban en Afghanistan et la guerilla islamiste au Cachemire indien. Ils sont
probablement impliqués, comme l'affirme le gouvernement indien, dans les
opérations de Mumbai.
Les islamistes ont également attaqué le centre communautaire juif de Mumbai,
dirigé par des membres de la communauté hassidique Habad (Loubavitch). C'est
conforme à leur idéologie, où les juifs, israéliens ou non, sionistes,
antisionistes ou asionistes, sont considérés comme des ennemis génériques : un
autre « petit Satan », sinon même le véritable « grand Satan » ,
dominateur de l'Amérique, âme et cerveau de toutes les Résistances à l'islam.
Les bonnes relations qui existent aujourd'hui entre l'Amérique et Israël d'une
part, l'Inde et Israël d'autre part, ne font que renforcer cette vision.
© Michel Gurfinkiel & Hamodia, 2008.