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Berbera, le Point Géographique que Tout le Monde
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Pourquoi Israël a reconnu le Somaliland et ce que Jérusalem gagne vraiment en Afrique
par Claudine Douillet
29/12/2025
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Pourquoi Israël reconnaît le Somaliland ?
Et ce que Jérusalem gagne vraiment dans la Corne de l’Afrique
La décision a surpris, dérangé, parfois choqué. Le 26 décembre 2025, Israël a officiellement reconnu le Somaliland comme État indépendant. Un territoire musulman sunnite, non reconnu par l’ONU, issu de la fragmentation somalienne de 1991. Derrière l’annonce, il n’y a ni romantisme diplomatique ni provocation gratuite. Il y a une lecture froide du monde, des routes maritimes et des menaces réelles. Et, pour Israël, un intérêt stratégique majeur.
Le Somaliland, un État qui existe sans exister
Depuis plus de trente ans, le Somaliland fonctionne comme un État à part entière. Gouvernement, élections, armée, monnaie, frontières administrées. Il est pourtant considéré juridiquement comme une région de la Somalie, membre de la Ligue arabe depuis 1974. Une précision essentielle : les Somaliens ne sont pas Arabes. Leur langue est couchitique, leur histoire africaine. L’appartenance au « monde arabe » est ici politique, pas ethnique.
Cinq à six millions d’habitants, majoritairement musulmans sunnites, et surtout une stabilité relative dans une région minée par le chaos. Pour Israël, ce détail change tout.
Berbera, le point géographique que tout le monde regarde
Le port de Berbera n’est pas une carte postale exotique. C’est un verrou maritime. À environ 250 à 300 kilomètres du Yémen, face au golfe d’Aden, il permet de surveiller le détroit de Bab el-Mandeb, par où transite entre 10 et 12 % du commerce mondial. Pétrole, marchandises, flux stratégiques. Qui contrôle ce passage contrôle une artère vitale de l’économie globale.
Or, depuis des mois, les Houthis yéménites, soutenus par Iran, attaquent des navires, menacent les routes commerciales et ciblent indirectement Israël. Vu de Jérusalem, le problème n’est plus théorique.
Une reconnaissance qui parle le langage de la sécurité
En reconnaissant le Somaliland, Israël sécurise un partenaire pro-occidental, non aligné sur l’axe iranien, dans une zone où chaque kilomètre compte. Une présence à Berbera réduirait drastiquement les distances de vol pour la surveillance, permettrait une collecte de renseignement maritime continue et offrirait un point d’appui face aux menaces houthies.
Contrairement à Djibouti, où la Chine dispose déjà d’une base militaire, le Somaliland n’est pas pris dans les grandes rivalités impériales. Il offre de l’espace politique. Et une discrétion stratégique.
Les Émirats, la pièce déjà posée sur l’échiquier
Rien n’arrive dans le vide. Les Émirats arabes unis, alliés d’Israël via les Accords d’Abraham, exploitent depuis 2017 une base militaire à Berbera, avec port et aéroport. Cette présence facilite une coopération triangulaire évidente. Le Somaliland devient ainsi un carrefour discret entre intérêts israéliens, émiratis et, potentiellement, occidentaux.
Ce n’est pas une improvisation. C’est une continuité.
La base israélienne : réalité, projet ou signal stratégique
Soyons précis. À ce stade, il n’existe pas de preuve publique d’une base militaire israélienne opérationnelle au Somaliland. Les sources parlent de discussions, de plans, de négociations. Pas encore de déploiement confirmé. Mais dans le langage géopolitique, l’annonce compte autant que la réalisation.
Des analystes de l’Institute for National Security Studies soulignent que la reconnaissance seule modifie déjà l’équation régionale. Elle signale aux Houthis, à Téhéran et à leurs alliés qu’Israël ne subit plus la géographie. Il la redessine.
Économie, ressources et profondeur africaine
La sécurité n’est pas le seul moteur. Le Somaliland possède des ressources encore largement inexploitées : lithium, or, pétrole potentiel. Pour Israël, c’est l’ouverture vers une Afrique stratégique, à l’heure où l’Iran et la Chine multiplient leurs implantations sur le continent.
Des discussions controversées évoquent même, côté israélien, l’idée d’un accueil de Palestiniens déplacés en échange d’un soutien renforcé. À ce stade, cela reste spéculatif, non confirmé, et politiquement explosif. Mais le simple fait que ces hypothèses circulent montre l’ampleur des enjeux.
Colère régionale et menaces assumées
La réaction ne s’est pas fait attendre. La Somalie dénonce une « violation de sa souveraineté ». Les Houthis menacent de considérer toute présence israélienne au Somaliland comme une cible légitime. La Turquie accélère ses projets de base rivale. L’Égypte, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Union africaine dénoncent une déstabilisation régionale. La Chine réaffirme son soutien à l’intégrité territoriale somalienne.
À Washington, l’administration Trump observe sans suivre, pour l’instant.
Au Somaliland, en revanche, la rue célèbre. Pour beaucoup, cette reconnaissance est la première fissure dans un isolement diplomatique vieux de trente ans.
Ce que révèle cette décision sur Israël
Israël ne cherche pas un allié symbolique. Il cherche de la profondeur stratégique. De la marge de manœuvre. Des routes sûres. Dans un monde où la mer Rouge devient un champ de bataille indirect, Jérusalem choisit l’anticipation plutôt que la réaction.
La reconnaissance du Somaliland n’est pas un coup de communication. C’est une prise de position claire : Israël entend défendre ses intérêts bien au-delà de ses frontières immédiates, quitte à bousculer les équilibres établis.
Un pays musulman sunnite, non arabe, marginalisé par la diplomatie internationale, devient ainsi un partenaire clé de la sécurité israélienne. Ce paradoxe dit beaucoup de notre époque. Et beaucoup de la manière dont Israël apprend, une fois encore, à transformer l’isolement en levier.