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Ali Shariati, Véritable Cerveau de
la Révolution Islamique, ou le Brillant Théoricien d’un Islamo-Marxisme
Par Michel Taubmann
Publié le 07/04/2026
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Dans cette tribune, Michel Taubmann, journaliste, éditeur, écrivain et coauteur de « Histoire secrète de la révolution iranienne » (Denoël), explique le rôle déterminant du philosophe iranien d'inspiration marxiste Ali Shariati dans la révolution islamique.
Connaissez-vous Ali Shariati ? Dans les gigantesques manifestations qui, tout au long de l’année 1978, ont précipité le renversement du shah d’Iran, les portraits de ce séduisant quadragénaire vêtu à l’occidentale côtoyaient ceux du vieux mollah Khomeyni, coiffé de son turban traditionnel. Sa mort brutale en Grande-Bretagne en juin 1977 avait écarté Ali Shariati d’une révolution dans laquelle ce « socialiste de Dieu », formé à la Sorbonne, aurait pu disputer le leadership au représentant d’un clergé chiite qu’il jugeait « réactionnaire ». Ali Shariati, véritable cerveau de la Révolution islamique, a été le brillant théoricien d’un « islamo-marxisme » réconciliant l’islam et la lutte des classes, une théologie de la libération qui se développa parallèlement à celle dont se revendiquaient à la même époque des chrétiens de gauche, notamment en Amérique Latine.
Iran : "Il y a une forte parenté entre l'islamisme et les fascismes européens"
Né le 24 novembre 1933 dans un petit village au nord-est de l’Iran, où sa mère et les autres femmes ne montraient jamais leur visage, Ali Shariati a été confronté, dès l’enfance, au choc entre la vie religieuse ancestrale et la modernité. Dans un pays mené d’une main de fer par le roi Reza Shah, « l’Atatürk iranien », son père, Mohammad Taqi Shariati, fils, petit-fils de mollah et mollah lui-même a été contraint de troquer sa toge contre un costume à l’occidentale lorsque la monarchie, dans les années 1930, créa une Éducation nationale dépendant de l’État et non plus du clergé. En 1945, les troupes soviétiques occupant encore une partie du nord-est de l’Iran, le ministère de l’Éducation nationale est confié au dirigeant communiste Fereydoun Kechavarz. Comme beaucoup d’enseignants, le père de Shariati s’imprègne alors d’idées sociales et hostiles à « l’impérialisme » britannique, qu’il transmet à son fils Ali, militant dès l’âge de 15 ans dans les rangs des « socialistes pieux ».
Islam et marxisme au Quartier Latin
C’est à Paris, capitale mondiale des révolutions, que le jeune Shariati construira sa pensée « islamiste de gauche ». Il y arrive à vingt-six ans, en 1959, doté d’une bourse du gouvernement iranien, afin d’y compléter ses études doctorales. Obsédé par la « débauche » qui règne à ses yeux dans la « Ville lumière », Ali Shariati écrit à ses proches : « Ici, il n’y a rien d’autre que danse, cabaret, vin, casino et toutes sortes de recherches sur les différentes façons de copuler (…), dans cette ville du vin, de la concupiscence et du fric. (…) La plupart des femmes ressemblent à des oies plus belles que Brigitte Bardot mais moins chères qu’un paquet de cigarettes. Rien que concupiscence, rien que couleur et rien qu’infidélité […] que fausseté, que misère. » Ne trouvent grâce à ses yeux que les étudiants catholiques de l’Alliance française où il apprend la langue de Voltaire. Ali Shariati voit dans leur Église un antidote à « l’extinction certaine de la société française ».
Un chrétien pratiquant va alors jouer un rôle important dans son cheminement intellectuel : son directeur de thèse à la Sorbonne, Louis Massignon, professeur au Collège de France et fondateur des études « Islamisme et religions de l’Arabie » à l’École pratique des hautes études à Paris. Cette sommité universitaire, qui formera Henry Corbin et toute une génération d’orientalistes français, était réputée pour sa rigueur. Mais sa fascination à l’égard de l’islam, renforcée par son indignation envers le colonialisme, alors qu’il s’engageait lui-même contre la guerre d’Algérie, finit par obscurcir son jugement. Ordonné prêtre au Caire à 67 ans, ce mystique qu’on surnommait le « catholique musulman » développait l’idée d’une pureté originelle de l’islam servant de chemin vers la libération humaine, calquée sur la théologie de la libération défendue par des chrétiens. Entretenant une relation très étroite avec Ali Shariati, Louis Massignon cautionna, par son autorité morale, la passion anti-occidentale qui dévorait son élève.
Deuxième rencontre, déterminante. Et prestigieuse. Entre 1962 et 1964, dans un café du Quartier Latin, Ali Shariati et quelques autres doctorants iraniens discutent à plusieurs reprises au milieu des volutes de fumée avec le « maître à penser » de l’existentialisme : Jean-Paul Sartre. Le célèbre philosophe écoute le jeune Shariati expliquer que « l’islam est le meilleur moyen de communication en Iran » : « Si les gens de gauche se rendent dans les villages iraniens, en se réclamant de la “forteresse Marx”, ils seront éjectés sur-le-champ par les paysans. Tandis que moi, si je m’y rends en les invitant à venger le sang de Hossein (petit-fils du prophète Mahomet, considéré comme le troisième des douze imams, équivalent des saints pour la tradition chiite – N.D.L.R.), je serai immanquablement accueilli à bras ouverts. »
Autre figure de référence pour Ali Shariati : Frantz Fanon, psychiatre et philosophe martiniquais, qui éveilla à l’anticolonialisme toute une génération militante, en cette époque de guerre d’Algérie. Ali Shariati traduira en persan et fera publier en Iran le livre le plus fameux de Frantz Fanon, Les Damnés de la terre (1961). Les deux hommes, qui correspondent régulièrement pendant le séjour parisien de Shariati, s’accordent sur le « rôle de l’islam dans la guerre tous azimuts contre le colonialisme » et la nécessité de « créer un homme nouveau ».
La religion des déshérités
Shariati rentre en Iran en 1964, persuadé que la nouvelle pensée révolutionnaire résultera de la synthèse « du socialisme, de l’existentialisme et de l’islam ». Ses interlocuteurs de gauche, Sartre et Fanon, ou chrétien, comme Massignon, s’étaient montrés soucieux de prendre en compte l’apport intellectuel de leur ami musulman, représentant à leurs yeux la partie du monde, opprimée par « l’impérialisme ». Ils étaient cependant inconscients de l’immensité du malentendu.
Car Ali Shariati, lui, pensait l’islam comme source unique non seulement des autres religions, judaïsme et christianisme, mais de toute pensée positive. « Tout ce qui se trouve dans les idées progressistes des intellectuels occidentaux se trouvait bien avant dans l’islam », avait-il déclaré devant l’Association Iran-France. Dans son livre Chiisme rouge, Ali Shariati précise sa pensée en distinguant le bon grain chiite de l’ivraie sunnite. Islamisant la théorie marxiste de la lutte des classes, il érige en « moteur de l’histoire » l’opposition irréductible entre l’islam chiite, confession des « pauvres et de la révolte », identifié au prolétariat, et le sunnisme, défenseur de « l’aristocratie du califat », incarnant la bourgeoisie. Définissant aussi précisément le modèle de société islamique dont il rêve – et que Khomeyni imposera – il s’inspire de Lénine. Refusant le suffrage universel à un peuple supposé arriéré et conservateur, il prône le leadership d’une avant-garde éclairée – par Dieu – et guidée par un Imam.
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Oui
Je poserai plûtot la question " à l' envers ".Si les Americains n'interviennent pas que se passe t il? Le fanatisme religieux, l'autoritarisme du vieillard : Ali Kameinei est il confortable pour sa
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La pensée sophistiquée de Shariati contribua à populariser la révolution islamique parmi les intellectuels occidentaux. Michel Foucault, l’un des philosophes français les plus éclairés, qui tenait Shariati en haute estime, écrivait dans le Nouvel Observateur en octobre 1978, quatre mois avant la prise de pouvoir par Khomeyni : « Un fait doit être clair par "gouvernement islamique" personne en Iran n’entend un régime politique dans lequel le clergé jouerait un rôle de direction ou d’encadrement. » Influencé par les thèses de Shariati, Foucault voit en l’islam chiite une spiritualité quasi-libertaire : « Absence de hiérarchie dans le clergé, indépendance des religieux les uns par rapport aux autres, mais dépendance (même financière) à l’égard de ceux qui les écoutent (…) Revenir à ce que fut l’islam au temps du Prophète ; mais aussi avancer vers un point lumineux et lointain où il serait possible de renouer avec une fidélité plutôt que de maintenir une obéissance. » Michel Foucault eut le courage de reconnaître rapidement son erreur. Mais les illusions sur l’islam politique ont mis du temps à se dissiper.